Les chatouilles ou la danse de la colère

Auteur : Andréa Bescond
Artistes : Andréa Bescond
Metteur en scène : Eric Métayer

Quand la lumière s’est rallumée dans la salle, le public, debout pour applaudir l’artiste, reste un peu figé comme sous le choc, et il n’est pas rare de voir des personnes essuyer leurs yeux tant l’émotion les a submergées.

 

Le seul en scène auquel ils viennent d’assister est beaucoup plus qu’une pièce de théâtre, c’est un Cri, un acte militant, un réquisitoire à l’adresse de tous ceux qui ne veulent pas entendre, ne pas voir la douleur …

 

Les chatouilles c’est l’histoire d’une enfant blessée dans ce qu’il y a de plus douloureux, dans son être, dans son corps  et d’une enfance détruite, assassinée.

 

Et c’est aussi l’histoire du cheminement de cette enfant, de sa peur, de sa confrontation au mur d’incompréhension qui se dresse de la part de ses proches qui loin de lui servir de tuteur, seront aveugles. Peut-être pour se protéger eux-mêmes de l’indicible.   

 

Puis vient la période du déni, où une partie de l’être va continuer à vivre, tandis que l’autre ne voudra pas regarder la réalité en face.

 

Et puis, parce que c’est trop intense à porter, la descente vers tous les ersatz de bonheur qui nous aident à oublier.

 

Et enfin parce que rien n’est irrémédiable, arrive la résilience…

 

Alors pour rebondir, elle danse, elle danse sa vie, elle danse sa souffrance, elle danse comme d’autres crient. Son corps expulse ce venin qui la ronge.

 

Car il y a encore un dernier combat à mener, essentiel à la reconstruction mais au combien difficile, celui d’affronter la police, la justice… pour être reconnu comme victime et éviter que cela n’arrive à d’autres.

 

C’est dans un décor des plus minimaliste, juste une chaise,  et vêtue d’un jean, tee -shirt en baskets usées, qui laisse toute la place au texte et au message que la comédienne campe tous les personnages.

 

Elle les entremêle que ce soit le pédophile, la prof de danse, le jeune ami dans la détresse, les personnages rêvés d’un père défenseur ou de son artiste préféré qui la soutiendrait, les policiers plutôt  lourds et surtout de la mère, cette mère que l’on déteste pour son indifférence mais aussi peut -être parce qu’elle nous renvoie à une image insoutenable : et si nous aussi on passait à côté de quelque chose ?

 

Heureusement  l’humour et le rire sont là pour désamorcer l’ensemble.

 

La danse de la colère pour répondre aux chatouilles, parce que tout ne se traduit pas par des mots c’est une étendue entre danse classique et hip hop. Quand le corps et le cœur sont meurtris et que le corps s’envole pour redonner de la force au cœur.

 

L’interprétation est forte, bouleversante, de l’émotion et de la finesse. On pleure, on rit, on est en colère et en empathie. On prend une véritable claque et on ne ressort pas indemne. Une envie de l’étreindre  et d’aller chercher la petite fille pour prendre sa douleur. Une envie de saluer la performance de l’artiste qui durant près de deux heures, joue, interprète, vie, danse, comme une communion d’amour avec son public.  Surtout ne pas passer à côté.

 

Merci et bravo à Andréa Bescond pour ce grand moment.

 

Vu le 04 05 2017 au Théâtre du Blanc- Mesnil

 


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Commentaires : 1
  • #1

    Chastaignet Elizabeth (vendredi, 05 mai 2017 15:09)

    Merci pour ce beau partage....
    Très beau rendu qui donne envie de voir ce spectacle.