Solitude d'un ange gardien



De Aude de Tocqueville

Avec Pierre Forest

Mis en scène par Séverine Vincent.


Tony est gardien d’immeuble dans des logements sociaux. Veilleur à l’affût, protecteur qui rassure, il accueille, écoute les confidences et les malheurs, et il se tait, quand il faut.

 

Il doit partir à la retraite. « Doit », parce que c’est là-haut qu’ils l’ont décidé. Et lui, il ne veut pas, car il aime son métier, son travail, son immeuble, et surtout il ne veut pas abandonner ses locataires. Car il les connaît tous, et parfois depuis très longtemps. Il peut nous raconter leurs habitudes, leurs difficultés, leurs complicités,… Il peut nous parler de la solitude, de la mixité sociale, de la drogue, du racisme, des ruptures amoureuses,...Il apaise les conflits, tentant toujours de maintenir la paix dans et en dehors du bâtiment, pour que son immeuble soit non seulement un logement mais aussi un refuge. C’est un vivre ensemble. Chacun chez soi mais ensemble quand même.

Mais là-haut, ils ne veulent pas prendre en compte tout ça. Ils se moquent des liens créés et de l’attachement des locataires pour Tony. Là-haut, ils ne veulent pas voir que le métier de Tony ce n’est pas uniquement « gardien d’immeuble » mais que c’est « ange gardien », car, généreux, il aide, il répare, il sécurise, il dépanne, il protège, il écoute : il est là.

 

L’importance du lien que Tony a su créer avec ses locataires, ce n’est pas dans la fiche de poste d’un concierge, mais c’est la réalité du terrain, et c’est l’Humanité du métier. C’est cela qui rend la retraite inenvisageable, car comment prendre sa retraite Humaine si ce n’est qu’au moment de sa mort ?

 

Le récit est à la fois drôle, tragique, touchant, doux, bouleversant. Sur le mode de la conversation, ce spectacle est un partage d’existences, un partage d’expériences. C’est aussi un message de prendre soin, dans une société individualiste et violente. C’est, comme l’explique Aude de Tocqueville, « une ode à ces veilleurs de l’ombre, à la fois témoins, remparts et repères dans une société qui s’effiloche ».

 

Emmanuelle BAUMONT pour PASSION THEATRE.