De et Avec Pierre Emonot
Un exercice de style
Il fallait oser.
S’attaquer, seul en scène, à l’histoire de la littérature. Rien que ça.
D’autres ont exploré la peinture, les mathématiques ou la philosophie, mais ici, c’est un vertige d’un autre ordre qui nous est proposé : celui des mots, des siècles, des voix qui se répondent. Non pas une lecture choisie, comme peut si brillamment le faire Luchini, mais une traversée. Une véritable.
Car le défi est immense : en une heure à peine, nous faire passer d’Enheduanna à Zola…
Et pourtant, la magie opère.
On traverse L’Odyssée comme une évidence, on rencontre La Condition humaine, on effleure Voyage au bout de la nuit. On se laisse porter par Les Misérables sans craindre de s’y noyer, avant de plonger dans Germinal.
Le tout sans jamais perdre le fil, comme si tout devenait soudain limpide, et que Le Rouge et le Noir ou Madame Bovary n’étaient plus des monuments intimidants, mais des histoires à portée de voix.
Tous ces livres deviennent alors comme les personnages d’une pièce en trois actes, qui explique ce qu’est la littérature et comment, selon les époques, elle s’est adaptée, témoin de son temps ou actrice de celui-ci.
Le ton est vif, précis, parfois piquant — quelques traits bien sentis envers Rimbaud ou Rousseau viennent rappeler que les génies aussi peuvent être égratignés. Mais jamais gratuitement : ici, tout fait sens.
De l’humour, bien sûr, parsème « la conférence », ainsi que des clins d’œil à l’actualité — on ne se refait pas.
Comme si, en une heure à peine, toute la littérature cessait d’être un monument pour redevenir un terrain de jeu… de jeux et de mots.
Un spectacle aussi intelligent qu’accessible, aussi drôle qu’enrichissant. Une traversée lumineuse.
Agnès Guéry pour Passion Théâtre .
