Rosy et moi, 274 jours



De et avec : Elodie Menant

Mise en scène : Eric Bu


Depuis plusieurs années, suivre le parcours d’Élodie Menant est devenu une évidence. Il y a chez elle cette capacité rare à faire naître l’émotion sans jamais la forcer, à passer du rire aux larmes avec une sincérité désarmante. Et avec Rosy et moi – 274 jours, elle signe sans doute l’un de ses spectacles les plus intimes et lumineux.

 

Valentine a 21 ans. La vie devant elle, des projets plein la tête, une énergie contagieuse. Puis arrive l’annonce qui fait vaciller toutes les certitudes : la maladie. Une sclérose en plaques qui surgit brutalement et transforme le rapport au corps, au temps, à l’avenir. Là où beaucoup verraient une fin, elle choisit pourtant le mouvement, le départ, l’inconnu. Pendant 274 jours, elle part seule au bout du monde avec Rosy, Nouvelle-Zélande, Birmanie et Mongolie, tout un programme.

 

Mais Rosy n’est pas seulement une maladie. Rosy devient une présence, une compagne imposée avec laquelle il faut apprendre à cohabiter, à négocier, parfois même à dialoguer.

 

Sur scène, Élodie Menant impressionne par une maîtrise incroyable. Dix-huit personnages prennent vie sous nos yeux avec une fluidité déconcertante. En un regard, une posture, une respiration, elle fait exister une famille, des inconnus rencontrés au fil du voyage, des figures tendres ou bouleversantes. On oublie très vite le seule-en-scène tant l’espace semble habité.

 

La mise en scène d’Eric Bu accompagne ce voyage avec beaucoup de délicatesse. Rien n’est appuyé, tout est au service du récit et de l’émotion. Le spectacle trouve constamment le juste équilibre entre humour, dérision et profondeur. Car malgré le sujet, Rosy et moi n’est jamais un spectacle sur la souffrance. C’est un spectacle sur la vie. Sur ce qu’il reste quand tout semble s’effondrer. Sur les rencontres qui réparent, les paysages qui apaisent, et cette nécessité de continuer à avancer malgré la peur.

 

Inspirée de l’histoire vraie de Marine Barnérias, cette aventure touche à quelque chose d’universel. Chacun peut se reconnaître dans cette quête de réconciliation avec soi-même, avec son corps, avec ses fragilités.

Et peut-être est-ce cela qui bouleverse autant.

 

Depuis quelques mois, je suis moi-même malade. J’ai toujours eu cette habitude étrange de donner des noms aux choses. Et je cherchais encore celui de ma maladie. Aujourd’hui, je crois l’avoir trouvé. Après tout, Rosy allait parfaitement avec Octobre Rose.

Au-delà de la sclérose en plaques, que je ne connais pas personnellement, cette pièce parle à tous ceux qui doivent un jour apprendre à apprivoiser un corps qui change, à réconcilier l’âme et le vivant. Rosy et moi rappelle avec une infinie douceur que même au cœur de la tempête, il reste toujours une lumière quelque part.

 

Un coup de coeur Passion Théâtre.